Le carnet de l’observateur
Je me considère comme un observateur privilégié : depuis plus de 50 ans, j’ai eu l’occasion de gérer, d’administrer et d’accompagner des organisations. Dans ce carnet, j’aimerais partager avec vous quelques-unes de mes observations sur la gouvernance, le leadership et une gestion que j’ai toujours souhaitée la plus participative possible.
4_Un nouveau leadership ?
Le contexte socioéconomique actuel exige-t-il une nouvelle façon de diriger ?
Je suis convaincu que les entreprises qui durent et qui savent attirer et mobiliser leurs employés et leurs partenaires sont celles qui reposent sur la confiance, l’authenticité et des valeurs clairement assumées.
Ceux qui me connaissent ne seront pas surpris par cette affirmation. En 1997, je publiais La gestion participative et, en 2023, Comprendre l’entreprise libérée. Deux publications qui faisaient la promotion de ces valeurs entrepreneuriales.
Mais quelque chose a changé.
Le contexte dans lequel les entreprises doivent aujourd’hui exercer leur leadership est devenu beaucoup plus incertain.
- Changements climatiques et dégradation de l’environnement.
- Montée des extrémismes et radicalisation des discours.
- Accroissement des disparités sociales.
- Guerres et tensions géopolitiques.
- Perte de confiance envers plusieurs institutions.
Dans ce contexte, mon expérience montre que nous avons besoin d’un leadership plus attentif aux personnes, plus préoccupé par le long terme et davantage guidé par des valeurs de confiance, de responsabilité et de partage.
Et certaines entreprises montrent déjà la voie.
Prendre des décisions courageuses
Je lisais justement cet été Incorruptible, d’Eric Ries. L’auteur soutient, à partir de nombreux exemples et recherches, que les entreprises qui réussissent à long terme sont celles qui savent prendre leurs décisions en fonction de leur mission et de leurs valeurs, plutôt que de céder systématiquement aux impératifs financiers à court terme.
Cette idée m’interpelle particulièrement.
Car prendre une décision cohérente avec ses valeurs peut parfois sembler irrationnel à court terme.
Imaginons une entreprise dont la liquidité est fragile. Investir dans la formation de ses employés peut sembler difficile à justifier.
Mais si cette formation améliore la productivité, la qualité du travail et la capacité de l’entreprise à innover, la décision peut devenir un avantage concurrentiel à long terme.
Elle envoie également un message important aux employés :
« Nous croyons en vous et nous sommes prêts à investir dans votre développement, même lorsque la situation est difficile. »
C’est là que le leadership devient courageux.
Il faut parfois être capable d’expliquer à un banquier, à un investisseur ou à un partenaire pourquoi une décision qui semble moins rentable aujourd’hui peut être plus pertinente pour l’avenir de l’organisation.
Une histoire qui me revient
Je me souviens d’une situation vécue dans les années 1990 au Carnaval de Québec.
Le contrat de fabrication de la figurine du Bonhomme Carnaval était alors confié à Promoplastik, de Saint-Jean-Port-Joli.
Internet devenait populaire et il était désormais possible d’envisager une fabrication en Chine à moindre coût.
Certains dirigeants voyaient dans ce changement une possibilité d’améliorer le résultat financier à court terme.
D’autres considéraient qu’il était préférable de conserver un fournisseur local fiable et reconnu, parce que cette décision était cohérente avec l’image du Carnaval et son enracinement dans la communauté.
Deux façons de regarder la même décision.
- L’une privilégiait l’économie immédiate.
- L’autre misait sur la cohérence, l’authenticité et la relation avec la communauté. Et c’est celle qui a finalement été prise.
Je trouve cet exemple intéressant parce qu’il illustre une question qui demeure très actuelle :
Une décision qui paraît irrationnelle financièrement à court terme peut-elle devenir un avantage concurrentiel lorsqu’elle est profondément cohérente avec les valeurs de l’organisation ?
Il semble que oui.
Mais cela exige du courage.
Et surtout, cela exige des leaders capables d’expliquer pourquoi ils prennent cette décision.
Le rôle du nouveau leader
Lorsqu’une décision importante se présente, les chiffres ne devraient donc pas être les seuls éléments considérés.
Il faut aussi se demander :
Cette décision est-elle cohérente avec les valeurs que nous affirmons ?
Quel sera son impact sur nos employés, nos clients, nos fournisseurs et notre communauté ?
Et peut-être même une question plus personnelle :
« Si cette organisation faisait partie de ma famille, serais-je fier de la décision que nous sommes en train de prendre ? »
L’entreprise n’est plus une entité isolée. Elle évolue dans un environnement qu’elle influence autant qu’il l’influence.
Le nouveau leader devra donc être capable de concilier performance et responsabilité, autonomie et cohérence, résultats immédiats et pérennité.
C’est peut-être là, finalement, que se trouve le véritable défi du leadership de demain.
Qu’en pensez-vous ? Une entreprise peut-elle encore se permettre de prendre des décisions courageuses lorsque celles-ci ne répondent pas aux attentes financières à court terme ?
Gérard Perron
27 octobre 2026