3_La planification stratégique

Je me considère comme un observateur privilégié : depuis plus de 50 ans, j’ai eu l’occasion de gérer, d’administrer et d’accompagner des organisations. Dans ce carnet, j’aimerais partager avec vous quelques-unes de mes observations sur la gouvernance, le leadership et une gestion que j’ai toujours souhaitée la plus participative possible.

3_La planification stratégique est-elle toujours la saveur du mois ?

Cette question a été posée aux six entrepreneurs qui ont témoigné dans mon livre publié en 2023, Comprendre l’entreprise libérée.

Les entreprises libérées sont celles qui ont « libéré » les prises de décisions pour les démocratiser et au sein desquelles le nombre de fonctions est tellement réduit que l’organigramme qui les représente se retrouve « aplati » au lieu d’avoir la forme pyramidale des entreprises traditionnelles.

La réponse de certains m’a surpris :

La planification stratégique n’est pas nécessaire.

Il faut avouer que de se faire dire cela, alors que nous sommes habitués à considérer la planification stratégique comme la colonne vertébrale d’une entreprise, est pour le moins déconcertant.

Comment peut-on se passer de cet exercice que nous considérons comme essentiel ?

Les entrepreneurs que j’ai rencontrés parlent beaucoup de confiance.

Ils font confiance à leurs employés et à leurs partenaires, mais leur conception de la confiance va encore plus loin. Ils ont confiance en la capacité de l’organisation d’évoluer et de s’adapter.

Ils considèrent l’entreprise comme un organisme vivant.

Plutôt que de tout décider au sommet, l’organisation s’appuie sur les nombreuses « antennes » que constituent ses employés et ses partenaires. Chacun est en mesure d’observer son environnement, de détecter les changements, les menaces et les opportunités, puis d’agir.

À une condition : que la mobilisation soit réelle.

Dans une entreprise libérée, les employés connaissent la mission de l’organisation et disposent de l’autonomie nécessaire pour prendre des décisions cohérentes avec celle-ci.

Les idées sont expérimentées sur le terrain.

Les résultats permettent ensuite de décider s’il faut poursuivre, modifier ou abandonner.

Dans un environnement qui change rapidement, cette capacité d’adaptation peut effectivement être essentielle.

Mais faut-il vraiment choisir entre planifier et s’adapter ?

C’est ici que ma réflexion diverge quelque peu.

Les entrepreneurs dont je parle n’abandonnent pas pour autant toute réflexion stratégique.

Ils prennent plutôt le temps de réfléchir collectivement aux questions fondamentales :

  • Quelles sont nos valeurs ?
  • Quelle est notre raison d’être ?
  • Qu’est-ce qui change dans notre environnement ?
  • Quelles occasions voulons-nous saisir ?
  • Quels risques devons-nous surveiller ?
  • Et surtout, que devons-nous faire maintenant ?

La différence est peut-être là.

Il ne s’agit plus vraiment de prédire l’avenir, mais de se préparer à y réagir.

J’estime donc que la réflexion stratégique demeure essentielle, mais qu’elle devrait déboucher sur quelques choix et un plan d’action à court terme, plutôt que sur une longue liste d’objectifs censés nous conduire vers un avenir que personne ne peut réellement prévoir.

Du point de vue de la gouvernance, le conseil d’administration pourrait alors jouer un rôle important : suivre les principaux enjeux, questionner les hypothèses, surveiller l’évolution de l’environnement et vérifier que les actions entreprises demeurent cohérentes avec la mission et les valeurs de l’organisation.

Finalement, la vraie question n’est peut-être pas : faut-il planifier ?

La vraie question serait plutôt :

Que devons-nous planifier lorsque nous savons que l’avenir est imprévisible ?

À mon avis, la réponse se trouve dans les choix que nous sommes prêts à faire en tenant compte de la situation actuelle, plutôt que dans la prédiction d’un avenir lointain et impossible à prévoir.

Lorsqu’une décision importante se présente, j’aime me poser une question toute simple :

« Si cette organisation faisait partie de ma famille, serais-je fier de la décision que nous sommes en train de prendre ? »

Cette question nous oblige à dépasser les résultats financiers immédiats et à réfléchir aux conséquences de nos décisions sur les personnes qui nous sont chères, nos employés, nos clients, nos fournisseurs et notre communauté.

Et vous ?

Faites-vous encore de la planification stratégique ? Si oui, cherchez-vous à prévoir l’avenir ou surtout à préparer votre organisation à y faire face ?

Gérard Perron

13 octobre 2026